Que notre règne arrive

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Pour en savoir plus

Langue: 
Francais
Année de publication: 
2006 (édition originale) ; 2007 (édition française)
Lieu principal: 
Londres-Heathrow
Période ou contexte historique: 
de nos jours

Texte original

Titre original: 
Kingdom come
Langue d'origine: 
Anglais
Traducteur: 
Michelle Charrier

 

J.G. Ballard est un auteur londonien qui a réussi tout au long de ses 40 ans de carrière à se construire la réputation du meilleur « novelist » au monde.
Cultissime de chez cultissime Outre Manche et Outre Atlantique, l’auteur a largement inspiré ses collègues et même au-delà de la littérature. La plume ballardienne a étendu son influence dans toute la nébuleuse postmoderne.
En 2006, il nous propose une nouvelle toujours très actuelle, comme à son habitude : Kingdom Come. En effet, Ballard n’entend pas construire ses récits dans le passé ou dans le futur, même proches. Dans cette nouvelle, on a encore affaire à cette touche de mysticisme du présent, comme un actuel fantasmé.
L’intrigue se déroule proche de l’aéroport Heathrow dans une des très nombreuses « Motorway towns » londoniennes ces cités-passage où l’individu vivote dans un vaste champ de platitude autoroutière. Le héros, Richard Pearson, 42 ans, est un cadre publicitaire « démissionné » par sa propre ex-épouse. Il revient sur les traces de son père qu’il a peu connu à la suite de l’assassinat de celui-ci par un tireur fou dans un centre commercial géant. Le livre se base, de fait, sur ces deux axes : la quête du fils à la recherche du père et de la cause de sa mort, et le « METRO CENTER », digne représentant de ces monstres de béton, aux dizaines de niveaux lumineux, boutiques par milliers, villes dans la ville, qui fleurissent dans ces bourgades qui s’ennuient. Le premier de ces deux points pousse Richard à s’insérer dans la communauté de citoyens de la ville de son père. Il enquête, fait des rencontres intrigantes et déterre des éléments plus que surprenants de la vie de celui-ci. L’ombre du Metro Center plane sur l’appréhension de son environnement, comme le donjon inquiétant d’un château hostile.
Le consumérisme arrive à un extrême qui constitue une flamme dans le cœur de populations apathiques, et le gigantesque « mall » s’attribut le statut de temple sacré d’un mouvement populaire qui, sous les yeux de Richard, se dirige progressivement vers des zones sombres et fascisantes. Celui-ci se retrouve alors impliqué au cœur même du monstre, au cœur même de la montée extrémiste. Il découvre en outre, progressivement, un père qu’il n’a finalement jamais réellement connu.
L’épilogue de l’action est, comme dans bon nombre de nouvelles de Ballard, violent et sanglant. Finalement, les habitants et leur grande église commerciale vont changer Richard fondamentalement, et l’aider à (re)trouver un père.
On peut critiquer Ballard pour sa narration imagée très proche d’un scénario de thriller, comme toujours. Mais force est de constater qu’il réussit son entreprise, à savoir nous faire plonger complètement au sein de l’endroit où il pointe son doigt. Un doigt inquiet et, une fois n’est pas coutume, politique. Sa peur de la dérive extrémiste est palpable d’un bout à l’autre de sa nouvelle. Comme il le souligne dans une interview récente à propos de son livre : « Nous, Britanniques, sommes des individus bloqués sur leur petite île, d’où nous ne pouvons sortir et où nous sommes trop nombreux. ».
Kingdom Come, une expression utilisée régulièrement dans la langue de Shakespeare pour définir l’approche d’une nouvelle ère, se retrouve dans les productions récentes de la culture populaire, de Jay Z au comic crée par Mark Waid où les superheros classiques ont, dans un futur proche, viré quelque peu vers le côté obscure de la force, corrompus par une société qui s’est désagrégée. Loin d’exprimer quelconque pessimisme faustien sur l’avenir de l’homo consommatus de ce début de millénaire, Ballard nous inquiète car il se veut réaliste.
Se voir dans un miroir reste parfois très délicat.

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Un bon moyen de découvrir l'univers de Ballard